05 janvier 2009
Vie -d- étoile
(écrit le 28 novembre 2008, lors d'un ennuyeux trajet de train pour rentrer du travail à chez moi...)
L'étoile sur le verre voyait. L'étoile de plastique sur la vitre. Il y
avait les gens dans la rue, les gens dans leur voiture, les gens dans
le train. Ils ignoraient qu'elle les regardait. Elle avait fait un long
voyage, depuis sa fabrication en Chine. Vu plusieurs mains, et des
visages ternes, de ceux qui ne font que des gestes monotones, pendant
que l'heure tourne, et qu'ils ne sont personne. Car oui : seule cette
étoile sait qui l'a touchée, des mains qui l'ont fabriquée à celles qui
l'ont affichée -hop!- sur cette vitre, car ce sera bientôt la fête.
Elle voulait voir du pays, comme son ami le poisson, dans son bocal
trop petit où l'eau est sale et l'herbe pousse*. Mais elle ne voyait
que des gens. De toutes couleurs et de toutes mines, et leurs visages
étaient des pays. Il y avait la petite fille qui regardait le ciel, et
riait au vol des oiseaux. Et cet homme en gris qui regardait le sol,
comme s'il avait peur de ce qu'il y a devant lui, peur du futur. Et ces
jeunes et leurs mains croisées, qui s'étaient arrêtés pour le luxe d'un
baiser. Oui, l'étoile voyageait, collée à sa fenêtre. Car il ne suffit
pas d'être loin pour être ailleurs, il suffit de laisser les pensées
vagabonder...
Un jour elle sera une star, une vraie. On l'enverra à Hollywood, on la
verra à la télé, on la verra au cinéma. Il ne lui manquera que des
mains, pour signer des autographes. Car non, vraiment, un stylo ne
tiendra pas dans ses branches. Elle aurait aimé essayer, mais de mains
en mains, elle a toujours été manipulée. Et maintenant, oh! Elle est
collée. Mais ça ne se passera pas comme ça! Elle se décollera! En plus
la colle est de mauvaise qualité. Puis elle s'évadera, et découvrira le
monde.
Mais elle se dit soudain qu'elle n'était pas faite pour marcher, qu'on ne le lui avait pas appris. C'est ennuyeux pour voyager!
Alors
elle restera une étoile parmi les étoiles sur cette vitre, et peu
importe ce qu'elle sera après les fêtes : collée à la fenêtre, elle
regarde les gens, ces visages-paysages, et ces passants de tous les
âges...
Il n'y a pas que des voyages, qu'on retient de belles images.
*bocal ---> pousse : extrait d'une comptine enfantine.
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