08 avril 2009
Réflexions et pensées
On travaille pour payer le logement, parce qu'il y a le crédit, le loyer, l'électricité... Parce que chaque morceau de terre appartient à quelqu'un. On ne peut pas choisir un endroit où planter sa tente, sa yourte, son mobile-home, et se dire "ici je serai bien, je n'ennuierai personne et on me laissera tranquille". Parce que ce bout de terre ou de bitume appartient forcément à quelqu'un, ou au moins à la ville.
Et quand on ne travaille pas, c'est mal vu parce qu'on "profite du système" et qu'en plus "on n'aura pas de retraite". On pourrait vivre dans une grotte, cultiver ses propres fruits et légumes, aller chercher l'eau à la source, vivre en complète autarcie... Qu'il y aurait toujours des gens pour nous juger, dès qu'on irait dans le monde "normal".
Parce que ce monde "normal" estime qu'il est développé, et que les autres devraient vivre de la même façon.
On exploite la misère locale, et pour se donner bonne conscience on laisse quelques ONG tenter de réparer des dégâts. On se prend pour des gentils, parce qu'on n'ennuie pas trop les pays en développement avec leur dette. Tellement gentils, qu'au passage on les exploite, on fait cultiver pour l'exportation ce qui pourrait les nourrir, on leur apprend le Coca Cola, les poupées Barbie... et au final on leur revend, transformés, les produits bruts qu'on leur a achetés, pas chers. Pas chers les produits bruts, parce que dans manufacturé, il y a facturé... Et puis... on leur revend... ou pas, parce qu'ils n'ont pas tous les moyens.
Et puis on les dit sous-développés, ou "gentiment" en voie de développement, quand le développement peut être autrement qu'économique... Est-ce être développé, que de laisser mourir des gens dans la rue parce qu'on ne veut pas céder un peu de terre pour les loger, un peu de surplus agricole pour les nourrir ? Et laisser les personnes âgées mourir seules dans leur appartement, en ne s'inquiétant éventuellement que de l'odeur de pourriture, est-ce développé ?
En tous cas une chose est sûre : ce n'est pas la nature qu'on développe. Quand je vois Paris, et tout ce gris, je n'ai pas envie de sourire. Il y a des milieux plus austères, il y a des milieux plus hostiles, mais il y a aussi des milieux plus verts! La ville me fait l'effet d'une cage de béton. Et les animaux en cage finissent malheureux. Animaux à poils ou écailles assumés, et animaux qui s'épilent (même si c'est surtout au féminin).
Et quand on pense à tout ça, qu'on en parle autour de soi, qu'on n'achète pas bêtement la dernière collection Made in China, qu'on n'applique pas bêtement la dernière crème aux extraits pétrochimiques, qu'on mange moins de viande (ou pas du tout) et + de fruits, qu'on s'interroge sur les conditions de fabrication de ce qu'on nous vend... Le monde "normal" nous prend pour des fâcheux, qui ne savent pas s'amuser et profiter de la vie.
Et un beau jour, avec les claviers guidés à la voix, les stylos guidés à la voix, les téléphones portables greffés dans l'oreille, les ordinateurs de poche dans toutes les poches, mais toujours un casque autour des oreilles pour ne pas entendre son voisin écrire... on se dira -indirectement, il y aura tant d'autres moyens que la parole en face à face- que c'est beau le progrès, et que ces rustiques qui se servent encore de leur main pour tenir un stylo se compliquent la vie pour rien!!! Juste avant d'aller respirer son air pur en capsules (la campagne à la ville sans les bouses de vaches!) et de regarder un film en ultra-haute résolution 3D, à tel point qu'on aura l'impression de toucher pour de vrai ce que montrent les images...
Et c'est peut-être à cet instant, que la dernière abeille en liberté mourra.
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