Une semelle sur un banc attendait le prince charmant. Elle n’avait même pas de chaussure... Mais il l’aimerait ainsi, elle en était sûre. Puisque tous les goûts sont dans la nature!
Elle ne cherchait pas sa chaussure, car elle ne pensait pas que c’était important, supposant qu’une fois qu’elle aurait le prince, il l’aiderait à trouver sa chaussure, lui donnerait l’énergie et l’amour pour le faire.
Et pourtant, cette semelle a de l’énergie : tous les matins, elle monte sur le banc, et elle attend. Elle rêve et elle attend.
Elle se fait parfois chausse-pied, car elle aime aider les autres, ceux qui n’ont ni semelle ni chaussure, n’en ont jamais eu ou n’en ont plus. Elle se dit peut-être que les autres sont plus importants qu’elle-même (qu’elle les aide pour qu’ils l’aiment ?), que si elle aime les autres ils l’aimeront forcément, peu importe à quel point ELLE s’aime. Ce qui compte pour elle, c’est qu’elle sème. Elle sème en ceux qu’elle veut aider les graines pour qu’ils guérissent. Avec différents outils : le vent, agile, léger, qui les laisse libres. Mais parfois elle essaie de creuser elle-même le trou, et d’y mettre la graine. Peine perdue, quand la terre n’est pas prête... Car elle était convaincue que ce qu’elle avait à semer était si beau, qu’il fallait que ça prenne racine, que la terre des autres manquait vraiment de ces graines (de SES graines ?). Mais un jour on lui a dit que la terre des autres était aussi capable que la sienne, et qu’il ne sert à rien de jardiner, même les plus belles pensées, quand la terre est gelée. Car elle ne verra peut-être pas son dégel, si c’est ainsi que ça doit être... Toute terre est assez grande pour décider seule si elle est prête à laisser pousser le jardin aux fleurs inattendues dans lequel ensuite elle aimera s'épanouir. Car laisser pousser sans savoir quelles seront les couleurs et les fleurs, ça demande de grandir. Et pour grandir, il faut être prête. Quitte à attrister d’autres terres, celles qui ont supporté le vide avant l’abondance, celles qui savent que les cailloux sur les chemins renforcent les semelles, que de les avoir surmontés elles sont plus sereines. Même si elles en ont saigné, pleuré, crié, de ces (ses) obstacles qui auraient pu les arrêter, si elles n’avaient pas en elles la conviction que plus on avance, plus on rencontre la beauté, la lumière, et d’autres fertiles terres.
Et ce chemin, chacun doit le faire.