Avant, j'étais fragile en ville. 
Je détestais qu'on me bouscule, qu'on aille vite trop près de moi, frôler une main accrochée près de la mienne dans le métro, qu'on me parle quand je m'étais évadée sur mon nuage.

Et puis, je m'y suis habituée. Mais en apparence seulement. Parce que ma douce bulle s'ébréchait trop, au risque de se briser parfois... Parce que la ville est ainsi, et que Paris est souvent sur mon passage. 

J'ai plongé dans le béton. Ca isole bien, le béton. C'est froid mais ça isole. Et ça désole, aussi... Mais qui s'en soucie ?
La Nature qui vit face à la ville morte et figée ? Qui laisse-t-on s'exprimer ?
La ville. Parce que l'homme la construit. Parce qu'il contrôle tout, qu'il y bâtit maisons, avions, métros. Parce que ce qui est sauvage n'ose pas s'approcher. Béton, lumières artificielles et klaxons font aussi bien que le feu de bois contre les prédateurs. Mais c'est moins fatigant. Et l'homme est devenu tout-puissant : il s'est donné les moyens d'être en bout de chaîne alimentaire. Même si désarmé face à un lion affamé, il ne ferait pas long feu. Mais ce n'est rien : l'homme a fait dieu à son image. Dieu règne au ciel, l'homme règne à terre.

Etouffant, ce béton. Fou, ce monde. Et moi, rêveuse idéaliste. Incompatibilité d'humeur et de matière : c'est qu'en dessous, je suis de chair! De sang! de rêves! C'est qu'au-dela de ce béton, de ce confort inutile, il y a du sang, de la chair en lambeau, de la guerre pour des terres ou piller des richesses...

La porte est ouverte mais n'entrez pas : je me sentirais nue devant vous.
Le monde a la tête à l'envers. Alors j'ai la tête à l'endroit, vers la terre.

Maintenant, je suis fragile en ville.